Qui est concerné par le RGAA aujourd’hui ?

Le RGAA concerne bien certains sites et services numériques, mais pas tout le monde de la même manière. Voici qui est réellement concerné aujourd’hui, et pourquoi le sujet dépasse déjà le seul secteur public.

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Dès qu’on parle d’accessibilité numérique, la même phrase revient : “Oui, mais ça, c’est surtout pour les sites publics, non ?”

C’est justement là que le sujet devient glissant.

Parce que cette phrase est à la fois vraie, incomplète, et parfois franchement trompeuse selon le type de site dont on parle.
Si on reste trop vague, on finit par mettre dans le même panier le RGAA, les obligations du secteur public, les grandes entreprises françaises, et l’impulsion européenne qui pousse le sujet plus loin.

Autrement dit, beaucoup de gens ne se demandent pas seulement “que faut-il faire ?”.
Ils essaient d’abord de comprendre s’ils sont vraiment concernés.

Et, soyons honnêtes, la confusion est assez logique.
Entre les textes français, le RGAA, les obligations déjà en place, celles qui se renforcent, et ce que l’on entend passer sur les règles européennes, on peut vite avoir l’impression d’un sujet mouvant, presque impossible à lire.

Le plus utile, ici, c’est donc de remettre un peu d’ordre.
Pas pour dramatiser. Pas pour dire que tout le monde est concerné au même niveau. Mais pour éviter deux erreurs symétriques : paniquer trop tôt, ou se croire totalement hors sujet alors que le cadre se rapproche déjà.

1. Le RGAA reste d’abord la référence française

Le RGAA, pour Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité, reste la référence française quand on parle d’accessibilité numérique.
C’est le cadre utilisé pour évaluer si un site, une application ou un service en ligne respecte les exigences attendues en matière d’accessibilité.

Aujourd’hui, la version en vigueur reste le RGAA 4.1.2 sur le site officiel de l’accessibilité numérique de l’État.
Une version 5 est annoncée, mais elle n’est pas encore la référence applicable à la date du 17 avril 2026.

Le point important, c’est que le RGAA n’est pas une vague recommandation de confort.
C’est un référentiel officiel. Il sert à vérifier, documenter, auditer et encadrer une démarche de conformité en France.

Donc, quand on demande “qui est concerné par le RGAA ?”, on ne demande pas seulement “qui devrait faire des efforts ?”.
On demande en réalité : qui entre dans un cadre où l’accessibilité devient une exigence formalisée, avec des obligations de transparence, de déclaration, et parfois de mise en conformité plus structurée.

2. En France, c’est d’abord le cadre français qu’il faut lire

Avant d’aller chercher des seuils ou des résumés vus passer ailleurs, le plus carré reste de repartir de la source officielle française : le champ d’application rappelé sur accessibilite.numerique.gouv.fr.

Pourquoi ?
Parce qu’en pratique, pour un site exploité en France, c’est bien ce cadre français qui sert de référence de lecture.

L’Europe donne une impulsion, fixe une trajectoire, élargit la pression sur certains services.
Mais pour savoir comment lire la situation d’un site en France aujourd’hui, il faut d’abord regarder les textes et la doctrine française.

Dit autrement :
l’impulsion européenne compte ;
mais pour un article de cadrage, la base de lecture reste française ;
et le RGAA reste la grille de compréhension la plus utile.

3. Qui est clairement concerné aujourd’hui ?

Si l’on reste sur le cadre français rappelé par le site officiel, on peut déjà citer sans trop d’hésitation :

  • les mairies ;
  • les administrations ;
  • les sites de l’État ;
  • les établissements publics ;
  • les communautés de communes et autres collectivités ;
  • les services annexes de mairies ;
  • les services municipaux en ligne ;
  • les réseaux de transport public locaux ;
  • les grandes entreprises privées à partir de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en France.

Là, on n’est pas dans une zone grise.
Le sujet est déjà installé, et la vraie question devient surtout : où en est le site ?

4. Quels cas demandent un cadrage plus fin ?

C’est ici que beaucoup de lecteurs cherchent une règle automatique… et tombent sur une zone beaucoup moins simple.

Les cas qui demandent souvent d’être cadrés plus finement sont par exemple :

  • les écoles privées ;
  • les offices de tourisme ;
  • les associations loi 1901 ;
  • les associations sportives liées au communes;
  • les associations engagées dans la prévention, la santé, l’action sociale ou d’autres missions d’intérêt général ;
  • les structures majoritairement financées par des fonds publics ;
  • les structures privées intervenant pour le compte d’une mairie, d’une collectivité ou de l’État ;
  • certains organismes liés au logement social.

Le point important, c’est que cette liste n’est ni un “oui” automatique, ni un “non” automatique.

5. Pourquoi cette zone est plus difficile à lire

Le flou vient du fait que le texte ne regarde pas seulement si une structure est publique ou privée sur le papier.

Il regarde aussi certains cas de personnes morales de droit privé qui :

  • exercent une mission de service public ;
  • ou répondent à des besoins d’intérêt général non industriels ou commerciaux ;
  • avec des indices comme un financement majoritairement public ;
  • une gestion soumise au contrôle d’acteurs publics ;
  • ou une gouvernance largement désignée par eux.

Autrement dit, le statut juridique seul ne suffit pas toujours à trancher.

6. Deux exemples concrets de “ça dépend”

Exemple 1 : une association loi 1901

Une association loi 1901 n’est pas automatiquement concernée du seul fait de son statut.

Une petite association locale, avec peu de moyens, peu ou pas de financement public, et sans mission exercée pour le compte d’un acteur public, n’entre pas automatiquement dans le cœur du périmètre.

En revanche, si cette même association :

  • est majoritairement financée par des fonds publics ;
  • porte une mission d’intérêt général structurée ;
  • ou fonctionne dans un cadre très encadré par une collectivité ou un organisme public ;

alors la lecture change.

Exemple 2 : une structure privée prestataire

Une entreprise privée qui réalise une prestation ponctuelle pour une mairie n’entre pas automatiquement dans le champ du seul fait de son contrat.

En revanche, prenons un cas plus concret : une société privée qui exploite pour le compte d’une collectivité le site d’un réseau de bus local, avec horaires, informations voyageurs, abonnements ou services en ligne.

Là, on ne parle plus d’une simple prestation technique isolée.
On est beaucoup plus proche d’un service rendu au public dans un cadre encadré par un acteur public.

Dans ce type de situation, la lecture change nettement.
Ce n’est plus seulement “une entreprise privée avec un client public”. C’est une structure privée qui participe directement à l’exploitation d’un service public ou assimilé.

Donc, oui, il existe des cas où il faut accepter une part de cadrage et d’interprétation.
Ce n’est pas un défaut de l’article. C’est la réalité du périmètre.

7. Le secteur public reste le noyau évident du dispositif

Le premier cercle concerné, et le plus clair juridiquement, reste le secteur public.

Cela recouvre notamment :

  • les administrations
  • les collectivités ;
  • les établissements publics ;
  • et, plus largement, les organismes chargés d’une mission de service public quand ils entrent dans le champ prévu par les textes.

Sur ce point, il y a peu de débat : l’accessibilité numérique n’est pas une option de confort ou une bonne intention.
Elle relève d’une obligation déjà bien installée.

Et c’est souvent pour ça que beaucoup de professionnels associent spontanément le RGAA au public.
Historiquement, c’est là que le sujet a été le plus visible, le plus documenté, et le plus formalisé.

Donc si vous travaillez pour une mairie, un établissement public, une structure dépendant fortement d’une mission de service public, ou un acteur clairement intégré à ce périmètre, la question n’est pas vraiment “suis-je concerné ?”, mais est-ce que mon site est en règle ?

8. En France, certaines grandes entreprises privées sont déjà concernées

C’est là que beaucoup de lectures deviennent approximatives.

On entend parfois que “le privé n’est pas concerné”.
Dit comme ça, c’est faux. Ou, plus exactement, c’est trop grossier pour être utile.

En France, certaines grandes entreprises privées entrent déjà dans le champ des obligations d’accessibilité numérique.
On parle notamment des entreprises dont le chiffre d’affaires en France atteint ou dépasse 250 millions d’euros.

Ce point change beaucoup de choses, parce qu’il évite de réduire l’accessibilité à un sujet purement administratif ou réservé aux collectivités.
Le cadre touche aussi des acteurs privés importants.

En revanche, il faut rester précis.
Cela ne veut pas dire que toutes les entreprises privées françaises, quelle que soit leur taille, sont automatiquement soumises aux mêmes obligations, dans les mêmes termes, avec le même niveau de formalisme.

Et c’est souvent là que le discours se brouille : entre “certaines grandes entreprises privées sont déjà concernées” et “toutes les PME sont déjà sous obligation RGAA stricte”, il y a un écart énorme.

9. L’UE coordonne le mouvement, mais le cadre français reste la base

Le droit français reste la référence pour lire la situation actuelle.
Mais l’évolution européenne pousse dans le sens d’un élargissement progressif, en particulier pour les services en ligne comme le e-commerce.

Ce point ne change pas ce que dit le cadre français aujourd’hui :

  • le secteur public reste clairement concerné ;
  • certaines grandes entreprises privées le sont aussi ;
  • une PME privée classique n’entre pas automatiquement dans le même cadre ;
  • un site e-commerce privé n’est pas automatiquement soumis au cadre historique français du seul fait qu’il vend en ligne.

En revanche, on ne peut plus présenter l’accessibilité comme un sujet réservé aux administrations.
Le mouvement européen montre clairement que le sujet sort du seul périmètre public historique.

Donc, si vous exploitez un service en ligne, et en particulier un site e-commerce, le bon message n’est pas :
“vous n’êtes pas dans le même cadre qu’une mairie”.

Le bon message est plutôt :
“vous n’êtes pas dans le même cadre aujourd’hui, mais ce n’est plus un sujet que vous pouvez traiter comme lointain ou secondaire.”

10. La charge disproportionnée existe, mais elle ne supprime pas le sujet

Autre point souvent mal compris : il existe bien une possibilité de dérogation pour charge disproportionnée.

Mais ce n’est pas un joker du type :
“on n’a pas le budget, donc on n’est pas concerné.”

La logique officielle est plus stricte.
La charge disproportionnée s’apprécie au cas par cas, selon la structure, ses moyens, la nature du service, et le coût réel de certains correctifs.

Et surtout, cette dérogation ne permet pas d’effacer tout le sujet d’un coup.

Elle peut concerner un contenu, une fonctionnalité, un point précis.
Elle ne supprime pas la nécessité :

  • de se situer ;
  • d’expliquer où l’on en est ;
  • de publier une déclaration quand elle est requise ;
  • et de montrer qu’il existe une démarche réelle.

Dit autrement, la charge disproportionnée peut limiter certaines obligations concrètes sur un point donné.
Elle ne permet pas de faire comme si l’accessibilité ne regardait pas la structure.

11. Une chose certaine : le web accessible va devenir la norme à plus ou moins long terme

Même si tout le monde n’entre pas aujourd’hui dans le même cadre, le mouvement va clairement dans le sens d’un élargissement progressif.

L’Europe pousse déjà dans cette direction, et il devient difficile d’imaginer que l’accessibilité reste durablement un sujet réservé à une minorité de sites.
À horizon de moins de 10 ans, le plus probable n’est pas une obligation identique pour tout le monde du jour au lendemain, mais une normalisation progressive du sujet.

On retrouve un mouvement proche de celui observé sur d’autres sujets numériques comme les cookies ou le RGPD : au départ, beaucoup d’acteurs pensent ne pas être directement concernés, puis le cadre se clarifie, les contrôles se renforcent, et ce qui paraissait secondaire devient progressivement une norme de base.

Autrement dit, même si votre structure n’entre pas aujourd’hui dans le cœur du périmètre, traiter l’accessibilité comme un sujet lointain devient de moins en moins tenable.
Pour l’intérêt de votre site, de vos utilisateurs et de votre activité, le bon réflexe est donc de commencer à vous y intéresser dès maintenant.

Ce qu’il faut retenir aujourd’hui sur les structures concernées par le RGAA

Si l’on simplifie proprement, on peut retenir ceci au 26 avril 2026 :

  • le secteur public est clairement concerné ;
  • certaines grandes entreprises privées le sont aussi déjà ;
  • l’impulsion européenne renforce nettement le sujet pour certains services privés, notamment autour du e-commerce ;
  • tout le privé n’est pas concerné de façon identique ;
  • la charge disproportionnée existe, mais ne fait pas disparaître l’obligation de se situer et d’expliquer sa démarche ;
  • mais considérer que le sujet ne regarde que les administrations est désormais une lecture trop courte.

Donc non, l’accessibilité numérique n’est plus un sujet qu’on peut ranger trop vite dans la case “ce n’est que pour le public”.

Et non, cela ne veut pas dire non plus que tout le monde est soumis du jour au lendemain au même niveau d’exigence.

La bonne lecture se situe entre les deux : un cadre français déjà clair pour certains, une pression européenne qui élargit le sujet, et une dynamique qui rend l’accessibilité de plus en plus difficile à ignorer bien au-delà du seul secteur public.

Besoin d’y voir plus clair sur l’accessibilité web et le RGAA ?

Quand le périmètre légal, les obligations et les cas particuliers commencent à se mélanger, le plus utile est souvent de repartir du cadre global.

Cela permet de distinguer ce qui relève du RGAA, de l’accessibilité web au sens large, et des démarches concrètes à prévoir selon le type de site.