Les principes du RGAA : comprendre l’accessibilité web sans se perdre

Le RGAA n’est pas une décoration administrative. C’est la méthode française pour mesurer l’accessibilité réelle d’un site web.

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Le RGAA fait partie de ces sigles que l’on croise souvent quand on parle d’accessibilité numérique. Trois lettres, un air très administratif, et derrière, un sujet qui peut vite sembler réservé aux spécialistes.

Pourtant, le fond est beaucoup plus concret que ça.

Le RGAA sert à répondre à une question simple : est-ce qu’un site web peut vraiment être utilisé par des personnes qui n’ont pas toutes les mêmes capacités, les mêmes outils, les mêmes habitudes ou les mêmes contraintes ?

Autrement dit : est-ce que le site est seulement joli dans un navigateur classique, ou est-ce qu’il reste utilisable au clavier, compréhensible avec un lecteur d’écran, lisible quand on zoome, clair dans ses formulaires, logique dans sa structure, et exploitable quand les conditions d’usage ne sont pas idéales ?

Le sujet se comprend mieux si on le prend dans l’ordre : le référentiel, la déclaration d’accessibilité, les critères, les usages couverts, puis les obligations et les bénéfices.

Le RGAA sert justement à sortir des impressions générales pour regarder ce qui fonctionne réellement sur un site, et ce qui doit être corrigé.

Infographie expliquant le RGAA et l'accessibilité numérique : référentiel, 106 critères, déclaration d'accessibilité, lien avec WCAG et l'Europe, familles de critères, usages couverts, bénéfices et publics concernés.

1. RGAA et accessibilité numérique : distinguer le but et l’outil

Pour bien comprendre le RGAA, il faut d’abord distinguer le but et l’outil.

Le RGAA n’est pas toute l’accessibilité numérique. L’accessibilité numérique est l’objectif : rendre les contenus et services numériques utilisables par toutes et tous, y compris les personnes en situation de handicap.

Le RGAA, lui, est un outil de mesure. Il sert à vérifier, critère par critère, si un site respecte une méthode française de contrôle.

On pourrait dire les choses comme ça :

  • l’accessibilité numérique, c’est le but ;
  • le RGAA, c’est la grille de vérification ;
  • l’audit, c’est le moment où l’on applique cette grille au site réel ;
  • la déclaration, c’est le document qui affiche le résultat.

2. Le RGAA, c’est d’abord un référentiel

RGAA = référentiel

Un référentiel, ce n’est pas une promesse vague du type « mon site est accessible ». C’est une grille commune pour évaluer ce qui est accessible, partiellement accessible ou non accessible.

C’est important, parce que sans référentiel, chacun peut raconter un peu ce qu’il veut.

Un outil automatique peut dire qu’une page est correcte parce qu’il n’a pas trouvé certaines erreurs. Un thème WordPress peut se présenter comme « accessible ready ». Un prestataire peut dire qu’il « fait attention à l’accessibilité ». Tout cela peut être utile, mais ce n’est pas suffisant pour mesurer sérieusement l’état réel d’un site.

Le RGAA apporte une méthode française de contrôle. Il permet de regarder le site à partir de critères précis, avec des tests, des cas applicables et des règles de calcul.

Ce n’est donc pas un label magique. C’est une manière d’auditer.

Et ça change beaucoup de choses.

3. Les 106 critères ne s’appliquent pas toujours tous

106 critères au total dans le référentiel

Ce chiffre est utile, mais il faut bien le comprendre.

Le RGAA comporte 106 critères de contrôle. Ces critères couvrent différents aspects d’un site : images, couleurs, liens, scripts, formulaires, tableaux, navigation, structure, contenus multimédias, consultation, présentation, etc.

Mais dans un audit réel, tous les critères ne sont pas forcément applicables.

Si le site ne contient pas de vidéo, certains critères liés aux contenus vidéo ne seront pas audités. S’il n’y a pas de tableau complexe, les critères correspondants peuvent ne pas s’appliquer. S’il n’y a pas de cadre, de composant particulier ou de fonctionnalité donnée, on ne va pas inventer un problème juste pour remplir une grille.

C’est pour cela qu’il faut distinguer :

  • le nombre total de critères RGAA ;
  • les critères applicables au site ;
  • les critères réellement audités ;
  • les critères conformes ou non conformes.

Ce détail évite une confusion fréquente. On ne lit pas un audit RGAA comme une note scolaire simple sur 106. On lit d’abord le périmètre.

4. La déclaration d’accessibilité affiche l’état réel du site

Une déclaration d’accessibilité peut par exemple indiquer :

  • état du site : partiellement conforme ;
  • taux de conformité : 68 % ;
  • 54 critères conformes ;
  • 25 critères non conformes ;
  • 79 critères audités sur 106 critères RGAA.

Une déclaration d’accessibilité ne sert pas à dire « tout va bien » avec un grand sourire crispé. Elle sert à afficher l’état réel du service numérique.

Un site peut être :

  • conforme ;
  • partiellement conforme ;
  • non conforme.

Et quand il est partiellement conforme, ce n’est pas automatiquement un échec. C’est souvent le point de départ d’une démarche sérieuse.

La déclaration dit où en est le site. Elle indique ce qui a été audité, ce qui est conforme, ce qui ne l’est pas, et parfois ce qui n’a pas pu être testé ou ce qui ne s’applique pas.

Le but n’est pas de faire joli dans le pied de page. Le but est de rendre visible l’état du site, d’assumer les problèmes repérés, puis de pouvoir organiser les corrections.

En clair : la déclaration n’est pas la fin du travail. C’est la photo du chantier à un moment donné.

5. Le taux de conformité doit toujours être lu avec contexte

Dans l’exemple retenu, le site affiche un taux de conformité de 68 %.

Pris seul, ce chiffre peut donner une impression trompeuse.

68 %, c’est mieux que 20 %. Mais cela ne dit pas encore quels critères sont non conformes. Or tous les problèmes n’ont pas le même impact.

Un texte alternatif oublié sur une image décorative n’a pas le même effet qu’un formulaire impossible à remplir au clavier. Un contraste insuffisant sur une mention secondaire n’a pas le même poids qu’un menu qui bloque toute la navigation. Une erreur sur un tableau rarement consulté n’a pas le même impact qu’un bouton de commande inaccessible sur une boutique WooCommerce.

Le taux donne un repère. Il ne remplace pas l’analyse.

Les 25 critères non conformes sont donc importants, mais la vraie question vient ensuite :

  • quels critères bloquent réellement l’usage ?
  • quels problèmes concernent les pages les plus importantes ?
  • lesquels touchent le parcours de contact, d’achat, d’inscription ou de demande de devis ?
  • quelles corrections doivent passer en priorité ?

L’accessibilité n’est pas seulement une affaire de pourcentage. C’est aussi une affaire d’impact utilisateur.

6. RGAA, WCAG et Europe : qui fait quoi ?

WCAG -> EAA -> RGAA

L’idée est simple :

  • les WCAG sont les standards internationaux d’accessibilité web ;
  • l’Europe fixe un cadre légal plus large ;
  • la France utilise le RGAA comme méthode de test et de conformité.

Les WCAG, pour Web Content Accessibility Guidelines, sont les règles internationales qui structurent une grande partie de l’accessibilité web. Elles servent de socle de référence.

L’Europe intervient avec un cadre légal, notamment autour de l’accessibilité des produits et services numériques. Le sujet ne reste donc pas seulement dans la sphère publique : certains services privés sont aussi concernés, selon leur activité, leur taille et le cadre applicable.

Le RGAA, lui, donne la méthode française pour vérifier concrètement la conformité d’un site ou service numérique.

On peut le résumer ainsi :

  • les WCAG donnent le socle technique international ;
  • le cadre européen pousse l’obligation d’accessibilité ;
  • le RGAA permet de tester et de documenter en France.

Ce n’est pas trois sujets séparés. C’est la même famille, avec des rôles différents.

7. Les repères clés montrent que le sujet n’est pas nouveau

Quelques repères permettent de comprendre que le sujet n’est pas nouveau :

  • 2005 : loi handicap, article 47 ;
  • 2009 : décret RGAA ;
  • 2016 : directive européenne ;
  • 2019 : déclaration d’accessibilité, schéma pluriannuel, plan annuel ;
  • 28 juin 2025 : extension liée à l’European Accessibility Act pour certains services privés.

L’accessibilité numérique n’est pas une nouvelle lubie apparue parce que le web aime les sigles. Le sujet est installé depuis longtemps, mais il devient plus visible, plus contrôlé, et surtout plus difficile à ignorer.

Pendant des années, beaucoup d’acteurs ont traité l’accessibilité comme un sujet de fin de projet. On construisait le site, on choisissait le thème, on empilait les plugins, on publiait les contenus, et ensuite seulement quelqu’un demandait : « Au fait, c’est accessible ? »

Le problème, c’est qu’à ce moment-là, il est souvent trop tard pour corriger proprement sans toucher à la structure.

Il y a donc une idée essentielle à garder : l’accessibilité doit être intégrée dès la conception.

Pas ajoutée à la fin comme un autocollant.

8. Les familles de critères montrent l’étendue du sujet

Les familles de critères permettent de voir l’étendue du sujet.

Le premier concerne la structure et la navigation :

  • liens ;
  • navigation ;
  • structure ;
  • cadres.

Ici, on parle de la manière dont le site est organisé. Les titres sont-ils bien hiérarchisés ? Les liens sont-ils explicites ? Peut-on naviguer au clavier ? Le parcours reste-t-il logique ? Les zones importantes sont-elles identifiables ?

Le deuxième ensemble concerne les contenus et médias :

  • images ;
  • vidéo ;
  • audio ;
  • tableaux.

Là, on regarde si les contenus restent accessibles autrement que par la vue ou l’audition. Une image informative doit avoir une alternative pertinente. Une vidéo peut nécessiter des sous-titres ou une transcription. Un contenu audio doit pouvoir être compris autrement. Un tableau doit être structuré pour être lu correctement.

Le troisième ensemble concerne l’interaction :

  • formulaires ;
  • scripts ;
  • consultation.

C’est souvent ici que les sites cassent le plus vite. Un formulaire mal étiqueté, un bouton sans nom accessible, une fenêtre qui piège le focus, un menu déroulant qui ne fonctionne qu’à la souris, un message d’erreur trop vague : tout cela peut transformer une page apparemment propre en parcours pénible.

Le RGAA oblige donc à regarder le site dans son usage réel. Pas seulement dans sa maquette.

9. L’accessibilité couvre plusieurs usages, pas un seul profil

L’accessibilité couvre plusieurs usages :

  • percevoir ;
  • naviguer ;
  • comprendre.

C’est une bonne manière d’éviter un raccourci courant : l’accessibilité numérique ne concerne pas uniquement les personnes aveugles.

Bien sûr, la déficience visuelle est un sujet majeur. Un site doit pouvoir être lu par un lecteur d’écran, rester utilisable avec un fort zoom, conserver des contrastes suffisants, et ne pas dépendre uniquement de la couleur pour transmettre une information.

Mais ce n’est qu’une partie du sujet.

L’accessibilité concerne aussi :

  • la surdité ou la malentendance, quand une vidéo ou un audio porte une information importante ;
  • la motricité, quand une personne navigue au clavier ou avec un autre dispositif d’entrée ;
  • la compréhension, quand une structure confuse, des erreurs vagues ou un parcours mal organisé rendent le site difficile à utiliser.

Un site accessible doit donc permettre de percevoir l’information, de naviguer dans l’interface, et de comprendre ce qu’il faut faire.

Ce triptyque est très parlant : voir le contenu ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir l’utiliser.

10. Les bénéfices dépassent largement la conformité

On peut regrouper les bénéfices en trois familles :

  • personnes handicapées ;
  • utilisateurs ;
  • SEO / qualité web.

Le premier bénéfice est évident, mais il faut le rappeler : l’accessibilité sert d’abord aux personnes en situation de handicap. Elle permet d’accéder aux contenus, de naviguer au clavier, d’utiliser des aides techniques, de comprendre les formulaires et de réaliser des actions sans être bloqué par l’interface.

Mais les bénéfices ne s’arrêtent pas là.

Un site plus accessible est souvent plus clair pour tout le monde.

Des titres bien structurés, des liens explicites, des formulaires compréhensibles, des messages d’erreur utiles, des boutons correctement nommés, une navigation logique : ce ne sont pas seulement des « bonus handicap ». Ce sont des qualités web de base.

Et côté SEO, il existe aussi des recoupements naturels.

Attention : l’accessibilité ne doit pas être vendue comme une astuce magique pour remonter dans Google. Ce serait trop facile, et pas très honnête.

En revanche, beaucoup de bonnes pratiques vont dans le même sens :

  • structure HTML logique ;
  • titres mieux contextualisés ;
  • textes alternatifs utiles quand l’image porte une information ;
  • contenus plus lisibles ;
  • navigation plus claire ;
  • pages moins confuses.

Google aime comprendre les pages. Les utilisateurs aussi. Les lecteurs d’écran aussi. Quand tout ce petit monde profite d’une structure plus propre, ce n’est pas un hasard.

11. Qui est concerné aujourd’hui ?

Qui est concerné ?

Aujourd’hui, les obligations concernent notamment le secteur public, les organismes chargés d’une mission de service public, de grandes entreprises concernées par les seuils applicables, et certains services privés depuis l’entrée en application du cadre européen au 28 juin 2025.

Mais il faut éviter deux erreurs.

La première serait de penser : « Je ne suis pas concerné légalement, donc je peux ignorer le sujet. »

Même quand une structure n’est pas directement dans le périmètre d’obligation, l’accessibilité reste un sujet de qualité, d’image, de service client, de conversion et de bon sens.

La deuxième erreur serait de dire : « Je suis concerné, donc il faut être 100 % conforme demain matin. »

La réalité est souvent plus progressive. Il faut mesurer, déclarer, prioriser, corriger, suivre, puis améliorer dans le temps. Un site existant peut demander un vrai travail de fond, surtout si le thème, les plugins, les blocs ou les contenus ont été construits sans logique d’accessibilité.

Le bon réflexe n’est donc pas de paniquer. C’est de savoir où on en est.

12. L’accessibilité doit être intégrée dès la conception

Accessibilité intégrée dès la conception

Cette idée mérite presque d’être lue comme la morale de l’histoire.

Quand l’accessibilité est pensée au moment de concevoir les modèles de pages, les menus, les formulaires, les contrastes, les composants et les contenus, elle devient beaucoup plus naturelle.

Quand elle arrive après coup, elle ressemble souvent à une opération de réparation. Il faut revenir sur le thème, les blocs, les extensions, les textes, les images, les vidéos, les formulaires et parfois la structure même du site. C’est possible, mais c’est plus lourd.

La déclaration affiche l'état réel. La conformité demande ensuite corrections, priorités, plan annuel et suivi.

C’est exactement ça.

Une déclaration d’accessibilité ne rend pas un site accessible à elle seule. Elle documente l’état du site.

Ensuite vient le vrai travail :

  • corriger les problèmes bloquants ;
  • prioriser les parcours importants ;
  • améliorer les modèles de pages ;
  • revoir certains composants ;
  • ajuster les contenus ;
  • tester au clavier ;
  • vérifier avec des technologies d’assistance ;
  • suivre les corrections dans le temps.

Et surtout : éviter de refaire les mêmes erreurs.

Parce qu’un site peut être amélioré, puis se dégrader à nouveau. Un nouveau plugin peut ajouter un composant inaccessible. Une refonte peut casser une structure de titres. Une nouvelle vidéo peut être publiée sans transcription. Un formulaire peut changer sans être retesté.

L’accessibilité n’est donc pas seulement un audit ponctuel. C’est une manière de maintenir la qualité du site.

L’accessibilité n’est pas une médaille posée une fois pour toutes. C’est une qualité que l’on entretient.

13. Le RGAA en une phrase

Si on devait résumer le RGAA en une seule idée, ce serait celle-ci :

le RGAA sert à mesurer l’accessibilité réelle d’un site, puis à organiser une amélioration progressive, documentée et vérifiable.

Ce n’est pas qu’un sujet légal. Ce n’est pas qu’un sujet technique. Ce n’est pas qu’un sujet pour les grands sites publics.

C’est un sujet de qualité web.

Un site accessible est plus clair, plus robuste, plus utilisable, plus inclusif. Il demande de la méthode, oui. Il demande parfois des corrections techniques, aussi. Mais il permet surtout d’arrêter de deviner.
On ne dit plus seulement : « Le site semble utilisable. »

On vérifie les parcours, les contenus, les formulaires, la navigation et les critères qui s’appliquent vraiment au site.

À partir de là, les corrections peuvent être priorisées au lieu d’être traitées comme un sujet flou ou repoussé à plus tard.

Votre site est-il seulement visible, ou vraiment utilisable ?

Un site peut être beau, rapide et bien présenté, tout en restant difficile à utiliser pour une partie de vos visiteurs.

Le RGAA permet de passer d’une impression générale à un état mesuré : ce qui fonctionne, ce qui bloque, ce qui doit être corrigé en priorité.